fonsbandusiae - cours de latin

Nouvel espace

15 Juin 2013, 23:49pm

Publié par Danielle Carlès

Les publications sont momentanément interrompues ici, mais ne vont pas tarder à reprendre.

Je construis pour mes hôtes une maison bien à moi où les accueillir bientôt, poètes antiques et lecteurs d'aujourd'hui. 

Merci de votre fidélité et à très bientôt !

 

Virgile, Eneide II v. 588-623 Vénus en majesté

6 Juin 2013, 10:54am

Publié par Danielle Carlès

Telles étaient les pensées où je me débattais et je m’avançais avec fureur,

quand pour moi, elle, dans une clarté comme jamais auparavant à mes yeux, bien visible

[590] elle se montra et resplendit à travers la nuit d’une pure lumière,

ma douce mère, s’avouant déesse, telle que la voient

les habitants du ciel, dans sa majesté, et elle me prit par la main,

elle me retint, puis ajouta ces mots de sa bouche de rose :

« Mon fils, quel terrible ressentiment éveille cette colère sauvage ?

[595] À quoi bon cette fureur ? Où est passée ton attention pour nous ?

N’iras-tu pas d’abord regarder à l’endroit où tu as laissé ton père affaibli par l’âge,

Anchise ? voir si ton épouse Créuse est encore vivante,

et ton enfant Ascagne ? Car toutes les armées grecques et venues de partout,

battent les alentours, et si je ne mettais mon propre soin à les retenir,

[600] déjà les flammes les auraient emportés, une épée ennemie les aurait achevés.

Ce n’est pas, comme tu le crois, la beauté haïe de la Tyndaride laconienne

ou la faute de Pâris, mais la dureté des dieux, oui, des dieux,

qui renverse une telle puissance, qui jette Troie à terre du haut de sa hauteur.

Regarde ! Ce nuage pour l’instant répandu devant tes yeux et

[605] qui obscurcit ta vision de mortel, ce brouillard qui s’épaissit

autour de toi, je vais l’ôter entièrement. Toi, ne crains pas de faire

ce que ta mère t’ordonne, ne refuse pas de suivre ses instructions.

Ici où tu vois des blocs renversés, des pierres arrachées

aux pierres et une fumée tourbillonnante mêlée de poussière,

[610] c’est Neptune. Il ébranle les murs avec son grand trident,

ébranle les fondations, les secoue et détruit la ville depuis ses assises.

Là c’est Junon au comble de sa rage, elle tient les portes Scées

en première ligne et appelle furieusement l’armée des alliés

à descendre des navires, ceinte de fer.

[615] Déjà au sommet de la citadelle la Tritonienne, regarde ! déjà Pallas

a pris position, nimbée des éclairs qui partent d’elle et de la Gorgone enragée.

Le Père lui-même soutient le courage et les forces propices aux Danaens,

lui-même il anime les dieux contre les armes dardaniennes.

Prends la fuite, mon fils, et mets fin à cette épreuve.

[620] Nulle part je ne serai loin de toi et je te déposerai en sûreté à ton seuil ancestral. »

Elle avait fini de parler et elle s’enfonça dans les ombres denses de la nuit.

Se révèlent à moi les funestes apparitions, les ennemis de Troie,

les puissances supérieures des dieux.

v. 589 : non ante oculis tam clara : J. Perret (CUF, Les Belles Lettres, 1992) ajoute ici une note justifiant une traduction différente de la mienne.

"Il nous paraît douteux, dit-il, que cet ante renvoie à d'autres théophanies où Vénus se fût également présentée devant Énée mais avec moins d'évidence ou dans une moindre lumière : l'allusion serait énigmatique." (op. cit. note 589 p 165)

Il y a cependant l'épisode du livre I v. 314-334, où Vénus se présente à Énée sous des traits empruntés, et la remarque amère d'Énée reprochant à sa mère de lui apparaître toujours sous des apparences illusoires (v. 407-410). Ici au contraire elle "s'avoue déesse" et se montre en majesté. L'allusion ne me semble donc pas énigmatique, j'y vois une référence au livre I.

Lecture avec le texte latin

Telles étaient les pensées où je me débattais et je m’avançais avec fureur,

Talia iactabam, et furiata mente ferebar :

quand pour moi, elle, dans une clarté comme jamais auparavant à mes yeux, bien visible

cum mihi se, non ante oculis tam clara, uidendam

[590] elle se montra et resplendit à travers la nuit d’une pure lumière,

590 obtulit et pura per noctem in luce refulsit

ma douce mère, s’avouant déesse, telle que la voient

alma parens, confessa deam, qualisque uideri

les habitants du ciel, dans sa majesté, et elle me prit par la main,

caelicolis et quanta solet, dextraque prehensum

elle me retint, puis ajouta ces mots de sa bouche de rose :

continuit, roseoque haec insuper addidit ore:

« Mon fils, quel terrible ressentiment éveille cette colère sauvage ?

'Nate, quis indomitas tantus dolor excitat iras?

[595] À quoi bon cette fureur ? Où est passée ton attention pour nous ?

595 Quid furis, aut quonam nostri tibi cura recessit?

N’iras-tu pas d’abord regarder à l’endroit où tu as laissé ton père affaibli par l’âge,

Non prius aspicies, ubi fessum aetate parentem

Anchise ? voir si ton épouse Créuse est encore vivante,

liqueris Anchisen; superet coniunxne Creusa,

et ton enfant Ascagne ? Car toutes les armées grecques et venues de partout,

Ascaniusque puer? Quos omnes undique Graiae

battent les alentours, et si je ne mettais mon propre soin à les retenir,

circum errant acies, et, ni mea cura resistat,

[600] déjà les flammes les auraient emportés, une épée ennemie les aurait achevés.

600 iam flammae tulerint inimicus et hauserit ensis.

Ce n’est pas, comme tu le crois, la beauté haïe de la Tyndaride laconienne

Non tibi Tyndaridis facies inuisa Lacaenae

ou la faute de Pâris, mais la dureté des dieux, oui, des dieux,

culpatusue Paris: diuom inclementia, diuom,

qui renverse une telle puissance, qui jette Troie à terre du haut de sa hauteur.

has euertit opes sternitque a culmine Troiam.

Regarde ! Ce nuage pour l’instant répandu devant tes yeux et

Aspice -- namque omnem, quae nunc obducta tuenti

[605] qui obscurcit ta vision de mortel, ce brouillard qui s’épaissit

605 mortalis hebetat uisus tibi et umida circum

autour de toi, je vais l’ôter entièrement. Toi, ne crains pas de faire

caligat, nubem eripiam; tu ne qua parentis

ce que ta mère t’ordonne, ne refuse pas de suivre ses instructions.

iussa time, neu praeceptis parere recusa: --

Ici où tu vois des blocs renversés, des pierres arrachées

hic, ubi disiectas moles auolsaque saxis

aux pierres et une fumée tourbillonnante mêlée de poussière,

saxa uides mixtoque undantem puluere fumum.

[610] c’est Neptune. Il ébranle les murs avec son grand trident,

610 Neptunus muros magnoque emota tridenti

ébranle les fondations, les secoue et détruit la ville depuis ses assises.

fundamenta quatit, totamque a sedibus urbem

Là c’est Junon au comble de sa rage, elle tient les portes Scées

eruit; hic Iuno Scaeas saeuissima portas

en première ligne et appelle furieusement l’armée des alliés

prima tenet, sociumque furens a nauibus agmen

à descendre des navires, ceinte de fer.

ferro accincta uocat.

[615] Déjà au sommet de la citadelle la Tritonienne, regarde ! déjà Pallas

615 Iam summas arces Tritonia, respice, Pallas

a pris position, nimbée des éclairs qui partent d’elle et de la Gorgone enragée.

insedit, nimbo effulgens et Gorgone saeua.

Le Père lui-même soutient le courage et les forces propices aux Danaens,

Ipse pater Danais animos uiresque secundas

lui-même il anime les dieux contre les armes dardaniennes.

sufficit, ipse deos in Dardana suscitat arma.

Prends la fuite, mon fils, et mets fin à cette épreuve.

Eripe, nate, fugam, finemque impone labori.

[620] Nulle part je ne serai loin de toi et je te déposerai en sûreté à ton seuil ancestral. »

620 Nusquam abero, et tutum patrio te limine sistam.'

Elle avait fini de parler et elle s’enfonça dans les ombres denses de la nuit.

Dixerat, et spissis noctis se condidit umbris.

Se révèlent à moi les funestes apparitions, les ennemis de Troie,

Adparent dirae facies inimicaque Troiae

les puissances supérieures des dieux.

numina magna deum. 

Virgile, Eneide II v. 559-587 Hélène

4 Juin 2013, 14:34pm

Publié par Danielle Carlès

Mais alors pour la première fois une violente horreur s’empara de moi.

[560] Je me glaçai. L’image de mon père bien-aimé monta en moi

lorsque je vis le roi, qui avait le même âge, cruellement blessé

exhaler sa vie, monta celle de Créuse, seule,

notre maison au pillage, et le petit Iule en danger.

Je regarde, je passe en revue l’aide sur laquelle je peux compter autour de moi.

[565] Tous, à bout de force, ont abandonné et d’un saut les blessés

se sont jetés à terre, de désespoir, ou dans les flammes.

Si bien que là il n’y avait plus que moi seul, quand, tenant l’entrée du sanctuaire

de Vesta, silencieuse et dissimulée dans un coin à l’écart,

j’aperçois la Tyndaride : les vives lueurs de l’incendie projettent de la lumière

[570] sur mon chemin tandis que je fouille chaque endroit des yeux.

Cette femme, par peur des Troyens qui la haïssaient à cause de la ruine de Pergame,

peur du châtiment des Danaens et de la colère de son époux abandonné,

Érinys tout ensemble de Troie et de sa propre patrie,

s’était cachée à l’écart, elle qu’on ne voulait plus voir, assise à côté de l’autel.

[575] Le feu s’alluma  dans mon âme. La rage monte en moi de venger

ma patrie et de punir le crime.

Elle, c’est sûr, indemne elle verra de ses yeux Sparte et la Mycènes de ses pères,

elle ira comme une reine, après le triomphe,

son mari, sa maison, ses aînés et ses enfants, elle les verra,

[580] au milieu d’une escorte de Troyennes et de serviteurs Phrygiens,

mais Priam sera tombé sous le fer, Troie aura brûlé dans le feu,

mais notre rivage tant et tant de fois aura sué du sang des Dardaniens ?

Non, pas ça ! Même si la renommée ne retient pas

le châtiment infligé à une femme et que la victoire est sans gloire,

[585] cependant supprimer une abomination et punir celle qui le mérite

me vaudra des louanges et il y aura le bonheur de réchauffer mon âme

à la flamme de la vengeance et de satisfaire aux cendres des miens.

v. 584 : Les manuscrits offrent deux versions, soit habet haec uictoria laudem "cette victoire mérite la gloire / louange" soit nec habet victoria laudem " la victoire est sans gloire". Je retiens la seconde plutôt que la première, à la différence de J. Perret (CUF, Les Belles Lettres).

note ajoutée le 5 juin 2013 : v. 574 : Le terme latin inuisa recouvre en fait deux homonymes. L'un est l'adjectif IN-VISUS formé en regard de VISUS par l'adjonction du préfixe à valeur privative IN. Ainsi invisus "non-vu / non-visible" s'oppose à visus " vu / visible". L'autre est le participe du verbe IN-VIDEO formé du verbe VIDEO "voir" avec l'adjonction du préverbe IN "à l'encontre de, vers" avec ici connotation "hostile", d'où invisus "voir avec hostilité", "haïr", "détester". Or Hélène est à la fois "invisible" à tous sauf à Énée et "haïe". La traduction essaye autant qu'elle peut de rendre les deux sens qui se superposent en latin et que le contexte sollicite inévitablement.

Lecture avec le texte latin

Mais alors pour la première fois une violente horreur s’empara de moi.

At me tum primum saeuus circumstetit horror

[560] Je me glaçai. L’image de mon père bien-aimé monta en moi

560 Obstipui; subiit cari genitoris imago,

lorsque je vis le roi, qui avait le même âge, cruellement blessé

ut regem aequaeuum crudeli uolnere uidi

exhaler sa vie, monta celle de Créuse, seule,

uitam exhalantem; subiit deserta Creusa,

notre maison au pillage, et le petit Iule en danger.

et direpta domus, et parui casus Iuli.

Je regarde, je passe en revue l’aide sur laquelle je peux compter autour de moi.

Respicio, et quae sit me circum copia lustro.

[565] Tous, à bout de force, ont abandonné et d’un saut les blessés

565 Deseruere omnes defessi, et corpora saltu

se sont jetés à terre, de désespoir, ou dans les flammes.

ad terram misere aut ignibus aegra dedere.

Si bien que là il n’y avait plus que moi seul, quand, tenant l’entrée du sanctuaire

Iamque adeo super unus eram, cum limina Vestae

de Vesta, silencieuse et dissimulée dans un coin à l’écart,

seruantem et tacitam secreta in sede latentem

j’aperçois la Tyndaride : les vives lueurs de l’incendie projettent de la lumière

Tyndarida aspicio: dant clara incendia lucem

[570] sur mon chemin tandis que je fouille chaque endroit des yeux.

570 erranti passimque oculos per cuncta ferenti.

Cette femme, par peur des Troyens qui la haïssaient à cause de la ruine de Pergame,

Illa sibi infestos euersa ob Pergama Teucros

peur du châtiment des Danaens et de la colère de son époux abandonné,

et poenas Danaum et deserti coniugis iras

Érinys tout ensemble de Troie et de sa propre patrie,

praemetuens, Troiae et patriae communis Erinys,

s’était cachée à l’écart, elle qu’on ne voulait plus voir, assise à côté de l’autel.

abdiderat sese atque aris inuisa sedebat.

[575] Le feu s’alluma  dans mon âme. La rage monte en moi de venger

575 Exarsere ignes animo; subit ira cadentem

ma patrie et de punir le crime.

ulcisci patriam et sceleratas sumere poenas.

Elle, c’est sûr, indemne elle verra de ses yeux Sparte et la Mycènes de ses pères,

'Scilicet haec Spartam incolumis patriasque Mycenas

elle ira comme une reine, après le triomphe,

aspiciet, partoque ibit regina triumpho,

son mari, sa maison, ses aînés et ses enfants, elle les verra,

coniugiumque, domumque, patres, natosque uidebit,

[580] au milieu d’une escorte de Troyennes et de serviteurs Phrygiens,

580 Iliadum turba et Phrygiis comitata ministris?

mais Priam sera tombé sous le fer, Troie aura brûlé dans le feu,

Occiderit ferro Priamus, Troia arserit igni?

mais notre rivage tant et tant de fois aura sué du sang des Dardaniens ?

Dardanium totiens sudarit sanguine litus?

Non, pas ça ! Même si la renommée ne retient pas

Non ita: namque etsi nullum memorabile nomen

le châtiment infligé à une femme et que la victoire est sans gloire,

feminea in poena est, nec habet uictoria laudem,

[585] cependant supprimer une abomination et punir celle qui le mérite

585 extinxisse nefas tamen et sumpsisse merentis

me vaudra des louanges et il y aura le bonheur de réchauffer mon âme

laudabor poenas, animumque explesse iuuabit

à la flamme de la vengeance et de satisfaire aux cendres des miens.

ultricis flammae, et cineres satiasse meorum.' 

Horace, Ode III, 3 (L'apotheose de Romulus)

30 Mai 2013, 16:01pm

Publié par Danielle Carlès

Contre mon habitude, une introduction me semble cette fois-ci utile car l'ode est particulièrement complexe et mobilise de nombreuses références. Il y est question d'apothéose, soit le fait pour un mortel de devenir dieu après sa mort, généralement en récompense d'une vie de sagesse (v. 1-8), ainsi de Pollux, d'Hercule, de Bacchus. Auguste y est destiné (v. 11-12). Le poème consiste essentiellement dans un discours de Junon (v. 18-68) donnant son accord à l'apothéose de Romulus (v. 33-36), qui deviendra dieu sous le nom de Quirinus, et prophétisant la grandeur de Rome à la condition qu'elle ne fasse pas renaître celle de Troie (v. 37-68). La strophe conclusive (v. 69-72) réclame des commentaires - ils viendront, mais pas d'explication. 
Vous reconnaîtrez dans "la citadelle de feu" le ciel igné supérieur dit "Empyrée".

Le "juge funeste et impur" ainsi que "l'hôte discrédité" est Pâris.
La "femme venue d'ailleurs" et la "Laconienne adultère" est Hélène.
Et rappelons que Romulus est fils de Mars et d'Ilia / Rhéa Silvia la "prêtresse troyenne". Celle-ci est troyenne en tant que lointaine descendante d'Énée, prêtresse de Vesta ("vestale"). Mars est le fils de Junon. Ainsi Romulus est "le petit-fils haï" de Junon.
Pour le reste suivez les liens. Bonne lecture !

Strophes alcaïques transposées en vers justifiés 2 x 43 + 30 + 39.

l’homme juste et déterminé en sa résolution

ni l’ardeur des citoyens ordonnant un crime

ni l’air de menace du tyran n’

ébranle son âme infaillible ni l’Auster

 

maître furieux de l’intranquille Adriatique

ni la main sublime de Jupiter foudroyant et

si le monde anéanti s’effondre

la débâcle frappera un homme impassible

 

de cette manière Pollux et Hercule l’errant

se sont hissés jusqu’en la citadelle de feu

et Auguste étendu à côté d’eux

y boira le nectar de sa bouche pourprée

 

et par là tu as mérité Bacchus Père que tes

tigres t’y emmènent traînant le joug à leur

cou révolté et par là Quirinus

sur les chevaux de Mars a fui l’Achéron

 

Junon ayant tenu ce discours bien accueilli

par les dieux réunis en conseil Ilion Ilion

le juge funeste et impur et la

femme venue d’ailleurs l’ont réduite en

 

poussière depuis le jour où Laomédon trompa

les dieux sur le prix conclu condamnée elle

était à moi et la pure Minerve

avec tout le peuple et son chef déloyal

 

l’hôte discrédité de la Laconienne adultère

a fini de l’éblouir et la maison parjure de

Priam pour briser les attaques

des Achéens a perdu le soutien d’Hector

 

prolongée du fait de nos divorces la guerre

s’est arrêtée par la suite ma sévère colère

et ma haine pour ce petit-fils

qu’a mis au monde la prêtresse troyenne

 

j’en fais cadeau à Mars oui Romulus entrera

aux lumineux palais il apprendra le goût du

nectar et il sera compté parmi

les rangs sereins des dieux j’y consens

 

pourvu qu’une longue étendue de mer rageuse

sépare Rome d’Ilion partout où ils voudront

que les exilés règnent heureux

pourvu que les tombes de Priam et Pâris

 

le bétail y piétine et les fauves y cachent

impunément leurs petits que resplendisse le

Capitole triomphante des Mèdes

qu’avec fierté Rome leur donne des lois

 

que redoutable au loin elle déploie son nom

aux bords extrêmes là où les eaux du milieu

séparent l’Europe de l’Afrique

là où s’enfle le Nil irriguant la terre

 

l’or inconnu et ainsi là où il est le mieux

celé sous terre de force à le mépriser plus

qu’à l’amasser en pillant tout

le sacré pour le faire servir à l’homme

 

partout où un terme a été mis pour le monde

elle ira le toucher avec ses armes curieuse

de voir en quel pays le feu s’

exacerbe en lequel brouillard et frimas

 

mais ce destin des vaillants Quirites est à

une condition je dis que trop pieux et trop

confiants ils ne veuillent pas

relever le palais de l’ancestrale Troie

 

Troie renaissant sous de sinistres auspices

son sort se répétera et la tragique défaite

menant les armées victorieuses

j’y serai moi épouse et sœur de Jupiter

 

si par trois fois Phébus relevait le mur de

bronze trois fois il tomberait rasé par mes

Argiens et trois fois l’épouse

captive pleurerait son mari ses enfants

 

cela ne va pas s’accorder avec une lyre qui

aime à rire où vas-tu Muse entêtée cesse de

faire parler les dieux arrête

de réduire le sublime à tes petits vers

Lecture avec le texte latin

l’homme juste et déterminé en sa résolution

ni l’ardeur des citoyens ordonnant un crime

ni l’air de menace du tyran n’

ébranle son âme infaillible ni l’Auster

[3,03,1] Iustum et tenacem propositi uirum

non ciuium ardor praua iubentium,

non uoltus instantis tyranni

mente quatit solida neque Auster,

 

maître furieux de l’intranquille Adriatique

ni la main sublime de Jupiter foudroyant et

si le monde anéanti s’effondre

la débâcle frappera un homme impassible

[3,03,5] dux inquieti turbidus Hadriae,

nec fulminantis magna manus Iouis:

si fractus inlabatur orbis,

inpauidum ferient ruinae.

 

de cette manière Pollux et Hercule l’errant

se sont hissés jusqu’en la citadelle de feu

et Auguste étendu à côté d’eux

y boira le nectar de sa bouche pourprée

Hac arte Pollux et uagus Hercules

[3,03,10] enisus arces attigit igneas,

quos inter Augustus recumbens

purpureo bibet ore nectar;

 

et par là tu as mérité Bacchus Père que tes

tigres t’y emmènent traînant le joug à leur

cou révolté et par là Quirinus

sur les chevaux de Mars a fui l’Achéron

hac te merentem, Bacche pater, tuae

uexere tigres indocili iugum

[3,03,15] collo trahentes; hac Quirinus

Martis equis Acheronta fugit,

 

Junon ayant tenu ce discours bien accueilli

par les dieux réunis en conseil Ilion Ilion

le juge funeste et impur et la

femme venue d’ailleurs l’ont réduite en

gratum elocuta consiliantibus

Iunone diuis: 'Ilion, Ilion

fatalis incestusque iudex

[3,03,20] et mulier peregrina uertit

 

poussière depuis le jour où Laomédon trompa

les dieux sur le prix conclu condamnée elle

était à moi et la pure Minerve

avec tout le peuple et son chef déloyal

in puluerem, ex quo destituit deos

mercede pacta Laomedon, mihi

castaeque damnatum Mineruae

cum populo et duce fraudulento.

 

l’hôte discrédité de la Laconienne adultère

a fini de l’éblouir et la maison parjure de

Priam pour briser les attaques

des Achéens a perdu le soutien d’Hector

[3,03,25] Iam nec Lacaenae splendet adulterae

famosus hospes nec Priami domus

periura pugnaces Achiuos

Hectoreis opibus refringit

 

prolongée du fait de nos divorces la guerre

s’est arrêtée par la suite ma sévère colère

et ma haine pour ce petit-fils

qu’a mis au monde la prêtresse troyenne

nostrisque ductum seditionibus

[3,03,30] bellum resedit. Protinus et grauis

irae et inuisum nepotem,

Troica quem peperit sacerdos,

 

j’en fais cadeau à Mars oui Romulus entrera

aux lumineux palais il apprendra le goût du

nectar et il sera compté parmi

les rangs sereins des dieux j’y consens

Marti redonabo; illum ego lucidas

inire sedes, discere nectaris

[3,03,35] sucos et adscribi quietis

ordinibus patiar deorum.

 

pourvu qu’une longue étendue de mer rageuse

sépare Rome d’Ilion partout où ils voudront

que les exilés règnent heureux

pourvu que les tombes de Priam et Paris

Dum longus inter saeuiat Ilion

Romamque pontus, qualibet exules

in parte regnato beati;

[3,03,40] dum Priami Paridisque busto

 

le bétail y piétine et les fauves y cachent

impunément leurs petits que resplendisse le

Capitole triomphante des Mèdes

qu’avec fierté Rome leur donne des lois

insultet armentum et catulos ferae

celent inultae, stet Capitolium

fulgens triumphatisque possit

Roma ferox dare iura Medis.

 

que redoutable au loin elle déploie son nom

aux bords extrêmes là où les eaux du milieu

séparent l’Europe de l’Afrique

là où s’enfle le Nil irriguant la terre

[3,03,45] Horrenda late nomen in ultimas

extendat oras, qua medius liquor

secernit Europen ab Afro,

qua tumidus rigat arua Nilus;

 

l’or inconnu et ainsi là où il est le mieux

celé sous terre de force à le mépriser plus

qu’à l’amasser en pillant tout

le sacré pour le faire servir à l’homme

aurum inrepertum et sic melius situm,

[3,03,50] cum terra celat, spernere fortior

quam cogere humanos in usus

omne sacrum rapiente dextra,

 

partout où un terme a été mis pour le monde

elle ira le toucher avec ses armes curieuse

de voir en quel pays le feu s’

exacerbe en lequel brouillard et frimas

quicumque mundo terminus obstitit,

hunc tanget armis, uisere gestiens,

[3,03,55] qua parte debacchentur ignes,

qua nebulae pluuiique rores.

 

mais ce destin des vaillants Quirites est à

une condition je dis que trop pieux et trop

confiants ils ne veuillent pas

relever le palais de l’ancestrale Troie

Sed bellicosis fata Quiritibus

hac lege dico, ne nimium pii

rebusque fidentes auitae

[3,03,60] tecta uelint reparare Troiae.

 

Troie renaissant sous de sinistres auspices

son sort se répétera et la tragique défaite

menant les armées victorieuses

j’y serai moi épouse et sœur de Jupiter

Troiae renascens alite lugubri

fortuna tristi clade iterabitur,

ducente uictrices cateruas

coniuge me Iouis et sorore.

 

si par trois fois Phébus relevait le mur de

bronze trois fois il tomberait rasé par mes

Argiens et trois fois l’épouse

captive pleurerait son mari ses enfants

[3,03,65] Ter si resurgat murus aeneus

auctore Phoebo, ter pereat meis

excisus Argiuis, ter uxor

capta uirum puerosque ploret.'

 

cela ne va pas s’accorder avec une lyre qui

aime à rire où vas-tu Muse entêtée cesse de

faire parler les dieux arrête

de réduire le sublime à tes petits vers

Non hoc iocosae conueniet lyrae;

[3,03,70] quo, Musa, tendis? Desine peruicax

referre sermones deorum et

magna modis tenuare paruis.

Virgile, Eneide II v. 506-558 La mort de Priam

25 Mai 2013, 14:36pm

Publié par Danielle Carlès

Peut-être aussi voudrais-tu savoir quel fut le destin de Priam ?

Dès qu’il comprend que la ville est prise, qu’elle tombe, que les portes

de l’entrée ont été arrachées et que l’ennemi est là, au cœur du palais,

le vieil homme dans un geste vain revêt ses épaules que l’âge fait trembler

[510] des armes depuis longtemps remisées et ceint une inutile épée,

puis il se dirige, prêt à mourir, vers les rangs serrés ennemis.

Dans le milieu des appartements, à ciel ouvert sous l’axe de la voûte éthérée,

il y avait un autel monumental que cotoyait un très ancien laurier.

Se penchant sur l’autel, il embrassait de son ombre les Pénates.

[515] C’est là qu'en vain Hécube et ses filles autour des tables de sacrifice,

comme des colombes brusquement chassées par une sombre tempête,

serrées les unes contre les autres et enlaçant les statues des dieux, s’étaient réfugiées.

Mais lui, Priam, qui avait pris les armes du temps de sa jeunesse,

dès qu’elle le vit : « Quelle pensée funeste, malheureux, malheureux époux,

[520] t’a fait ceindre ces armes ? Vers quoi cours-tu ? », dit-elle.

« Ce genre de secours, cette sorte de défenseurs, non, ce n’est pas

ce que l’heure réclame, non, pas même si mon Hector était là en ce moment.

Allons, renonce et viens à mes côtés. Cet autel nous protègera tous

ou tu mourras avec moi. » Avec ces mots de sa bouche, elle ramena

[525] près d’elle le vieillard au grand âge et lui fit prendre place dans le lieu consacré.

Or voilà que s’échappant des mains meurtrières de Pyrrhus, Politès,

un des fils de Priam, passe à travers les armes qui volent, à travers les ennemis,

fuit en empruntant les longues galeries et parcourt toutes les salles vides,

malgré ses blessures. Excité par le désir de lui porter le dernier coup, Pyrrhus

[530] le suit de près, et, déjà, déjà il le tient et l’abat de sa lance,

À peine était-il finalement parvenu sous les yeux de ses parents, en face d’eux,

qu’il s’écroula et sa vie se répandit au dehors dans un immense flot de sang.

Là Priam, bien que déjà prisonnier du cercle de la mort,

ne resta pas sans réaction et il ne mesura ni ses mots ni l’expression de sa colère :

[535 « Ah ! toi, dit-il fortement, pour ce crime, pour cet excès d’impudence,

que les dieux, s’il est au ciel une justice pieuse qui s’inquiète de ces choses,

te payent en retour selon ton mérite, qu’ils t’accordent la récompense

due, toi qui m’as fait regarder en face la mort de mon fils,

toi qui as souillé mes yeux de père par la vue de son cadavre.

[540] Ah ! l’autre, celui dont tu dis faussement être issu, Achille,

il n’a rien fait de tel à son ennemi, à Priam, non ! Le droit et la foi

d’un suppliant l’ont fait rougir et il a rendu le corps exsangue d’Hector

pour le sépulcre, puis il m’a laissé regagner mon trône. »

Ainsi parla le vieil homme, et maladroitement, sans force, il lança

[545] son arme, directement arrêtée avec un bruit rauque du bronze

par la bosse saillante du bouclier, où il resta vainement suspendu.

Alors Pyrrhus, s'adressant à lui : « Eh bien, tu lui diras tout ça, tu seras même

ton propre messager auprès du Pélide, mon père. Pense à lui raconter

mes tragiques exploits et que Néoptolème est un bâtard,

[550] et maintenant, meurs ! » En parlant il traîna jusque devant l’autel

le vieillard tremblant qui trébuchait dans tout le sang de son fils,

il empoigna ses cheveux de la main gauche, de la droite il brandit son épée,

et la plongea dans son côté jusqu’à la garde.

Telle fut la fin de Priam, prononcée par le destin, telle fut la mort

[555] que le sort réserva, avec la vision de Troie incendiée, de Pergame

tombée, à ce monarque superbe qui un jour sur tant de peuples et de terres

avait régné en Asie. Immense et mutilé, il gît sur la grève,

la tête détachée des épaules et un corps anonyme.

Lecture avec le texte latin

Peut-être aussi voudrais-tu savoir quel fut le destin de Priam ?

Forsitan et Priami fuerint quae fata requiras.

Dès qu’il comprend que la ville est prise, qu’elle tombe, que les portes

Urbis uti captae casum conuolsaque uidit

de l’entrée ont été arrachées et que l’ennemi est là, au cœur du palais,

limina tectorum et medium in penetralibus hostem,

le vieil homme dans un geste vain revêt ses épaules que l’âge fait trembler

arma diu senior desueta trementibus aeuo

[510] des armes depuis longtemps remisées et ceint une inutile épée,

510 circumdat nequiquam umeris, et inutile ferrum

puis il se dirige, prêt à mourir, vers les rangs serrés ennemis.

cingitur, ac densos fertur moriturus in hostis.

Dans le milieu des appartements, à ciel ouvert sous l’axe de la voûte éthérée,

Aedibus in mediis nudoque sub aetheris axe

il y avait un autel monumental que cotoyait un très ancien laurier.

ingens ara fuit iuxtaque ueterrima laurus,

Se penchant sur l’autel, il embrassait de son ombre les Pénates.

incumbens arae atque umbra complexa Penatis.

[515] C’est là qu'en vain Hécube et ses filles autour des tables de sacrifice,

515 Hic Hecuba et natae nequiquam altaria circum,

comme des colombes brusquement chassées par une sombre tempête,

praecipites atra ceu tempestate columbae,

serrées les unes contre les autres et enlaçant les statues des dieux, s’étaient réfugiées.

condensae et diuom amplexae simulacra sedebant.

Mais lui, Priam, qui avait pris les armes du temps de sa jeunesse,

Ipsum autem sumptis Priamum iuuenalibus armis

dès qu’elle le vit : « Quelle pensée funeste, malheureux, malheureux époux,

ut uidit, 'Quae mens tam dira, miserrime coniunx,

[520] t’a fait ceindre ces armes ? Vers quoi cours-tu ? », dit-elle.

520 impulit his cingi telis? Aut quo ruis?' inquit;

« Ce genre de secours, cette sorte de défenseurs, non, ce n’est pas

'Non tali auxilio nec defensoribus istis

ce que l’heure réclame, non, pas même si mon Hector était là en ce moment.

tempus eget, non, si ipse meus nunc adforet Hector.

Allons, renonce et viens à mes côtés. Cet autel nous protègera tous

Huc tandem concede; haec ara tuebitur omnis,

ou tu mourras avec moi. » Avec ces mots de sa bouche, elle ramena

aut moriere simul.' Sic ore effata recepit

[525] près d’elle le vieillard au grand âge et lui fit prendre place dans le lieu consacré.

525 ad sese et sacra longaeuum in sede locauit.

Or voilà que s’échappant des mains meurtrières de Pyrrhus, Politès,

Ecce autem elapsus Pyrrhi de caede Polites,

un des fils de Priam, passe à travers les armes qui volent, à travers les ennemis,

unus natorum Priami, per tela, per hostis

fuit en empruntant les longues galeries et parcourt toutes les salles vides,

porticibus longis fugit, et uacua atria lustrat

malgré ses blessures. Excité par le désir de lui porter le dernier coup, Pyrrhus

saucius: illum ardens infesto uolnere Pyrrhus

[530] le suit de près, et, déjà, déjà il le tient et l’abat de sa lance,

530 insequitur, iam iamque manu tenet et premit hasta.

À peine était-il finalement parvenu sous les yeux de ses parents, en face d’eux,

Ut tandem ante oculos euasit et ora parentum,

qu’il s’écroula et sa vie se répandit au dehors dans un immense flot de sang.

concidit, ac multo uitam cum sanguine fudit.

Là Priam, bien que déjà prisonnier du cercle de la mort,

Hic Priamus, quamquam in media iam morte tenetur,

ne resta pas sans réaction et il ne mesura ni ses mots ni l’expression de sa colère :

non tamen abstinuit, nec uoci iraeque pepercit:

[535 « Ah ! toi, dit-il fortement, pour ce crime, pour cet excès d’impudence,

535 'At tibi pro scelere,' exclamat, 'pro talibus ausis,

que les dieux, s’il est au ciel une justice pieuse qui s’inquiète de ces choses,

di, si qua est caelo pietas, quae talia curet,

te payent en retour selon ton mérite, qu’ils t’accordent la récompense

persoluant grates dignas et praemia reddant

due, toi qui m’as fait regarder en face la mort de mon fils,

debita, qui nati coram me cernere letum

toi qui as souillé mes yeux de père par la vue de son cadavre.

fecisti et patrios foedasti funere uoltus.

[540] Ah ! l’autre, celui dont tu dis faussement être issu, Achille,

540 At non ille, satum quo te mentiris, Achilles

il n’a rien fait de tel à son ennemi, à Priam, non ! Le droit et la foi

talis in hoste fuit Priamo; sed iura fidemque

d’un suppliant l’ont fait rougir et il a rendu le corps exsangue d’Hector

supplicis erubuit, corpusque exsangue sepulchro

pour le sépulcre, puis il m’a laissé regagner mon trône. »

reddidit Hectoreum, meque in mea regna remisit.'

Ainsi parla le vieil homme, et maladroitement, sans force, il lança

Sic fatus senior, telumque imbelle sine ictu

[545] son arme, directement arrêtée, avec un bruit rauque du bronze,

545 coniecit, rauco quod protinus aere repulsum

par la bosse saillante du bouclier où il resta vainement suspendu.

e summo clipei nequiquam umbone pependit.

Alors Pyrrhus, s'adressant à lui : «  Eh bien, tu lui diras tout ça, tu seras même

Cui Pyrrhus: 'Referes ergo haec et nuntius ibis

ton propre messager auprès du Pélide, mon père. Pense à lui raconter

Pelidae genitori; illi mea tristia facta

mes tragiques exploits et que Néoptolème est un bâtard,

degeneremque Neoptolemum narrare memento.

[550] et maintenant, meurs ! » En parlant il traîna jusque devant l’autel

550 Nunc morere.' Hoc dicens altaria ad ipsa trementem

le vieillard tremblant qui trébuchait dans tout le sang de son fils,

traxit et in multo lapsantem sanguine nati,

il empoigna ses cheveux de la main gauche, de la droite il brandit son épée,

implicuitque comam laeua, dextraque coruscum

et la plongea dans son côté jusqu’à la garde.

extulit, ac lateri capulo tenus abdidit ensem.

Telle fut la fin de Priam, prononcée par le destin, telle fut la mort

Haec finis Priami fatorum; hic exitus illum

[555] que le sort réserva, avec la vision de Troie incendiée, de Pergame

555 sorte tulit, Troiam incensam et prolapsa uidentem

tombée, à ce monarque superbe qui un jour sur tant de peuples et de terres

Pergama, tot quondam populis terrisque superbum

avait régné en Asie. Immense et mutilé, il gît sur la grève,

regnatorem Asiae. Iacet ingens litore truncus,

la tête détachée des épaules et un corps anonyme.

auolsumque umeris caput, et sine nomine corpus. 

Virgile, Eneide II v. 479-505 A l'interieur du palais

22 Mai 2013, 08:30am

Publié par Danielle Carlès

 Lui-même parmi les premiers a saisi sa hache à double tranchant

[480] pour enfoncer la solide porte, arracher de leurs gonds les montants

de bronze. Et voici que déjà ses coups, faisant sauter une traverse, ont percé

le chêne résistant, voici que la vaste trouée offre une immense perspective.

Apparaît le palais à l’intérieur et s’ouvrent grand les longues salles de réception,

apparaissent les appartements privés de Priam et des anciens rois,

[485] et l’on peut voir les hommes armés en position dans la première entrée.

Mais l’intérieur du palais est remué de gémissements désordonnés et pitoyables,

et dans ses profondeurs les chambres reculées hurlent les cris

endeuillés des femmes. La clameur monte à heurter les astres dorés.

Puis, terrifiées, les mères vont au hasard dans le palais monumental.

[490] Elles tiennent les portes embrassées, les couvrent de baisers.

Pyrrhus s’acharne avec la même violence que son père. Ni les barrières,

ni les gardiens ne peuvent y tenir. Sous les coups répétés du bélier, la porte

chancelle, ses montants ébranlés sortent des gonds et s’abattent.

La voie est violemment frayée, et jaillissent dans l’entrée, massacrent l’avant-garde

[495] les Danaens lancés sans frein, et ils inondent de soldats une large partie des lieux.

Non, tel n’est pas un fleuve, quand, digues rompues, écumant

il sort de son lit, que ses tourbillons triomphent des barrages les plus imposants,

qu’il jette sur les champs sa masse furieuse et sur toute la plaine

entraîne le bétail avec les étables. J’ai vu, oui, j’ai vu la fureur

[500] de tuer qui animait Néoptolème et les deux Atrides sur le seuil.

J’ai vu Hécube et ses cent brus, et Priam au milieu des autels

souiller de sang les feux qu’il avait lui-même consacrés.

Les cinquante chambres nuptiales, espoir si grand d’enfants à venir,

les portes magnifiques ornées de l’or et des dépouilles barbares

[505] se sont abattues. Les Danaens mettent la main sur ce que le feu oublie.

Lecture avec le texte latin

Lui-même parmi les premiers a saisi sa hache à double tranchant

Ipse inter primos correpta dura bipenni

[480] pour enfoncer la solide porte, arracher de leurs gonds les montants

480 limina perrumpit, postisque a cardine uellit

de bronze. Et voici que déjà ses coups, faisant sauter une traverse, ont percé

aeratos; iamque excisa trabe firma cauauit

le chêne résistant, voici que la vaste trouée offre une immense perspective.

robora, et ingentem lato dedit ore fenestram.

Apparaît le palais à l’intérieur et s’ouvrent grand les longues salles de réception,

Adparet domus intus, et atria longa patescunt;

apparaissent les appartements privés de Priam et des anciens rois,

adparent Priami et ueterum penetralia regum,

[485] et l’on peut voir les hommes armés en position dans la première entrée.

485 armatosque uident stantis in limine primo.

Mais l’intérieur du palais est remué de gémissements désordonnés et pitoyables,

At domus interior gemitu miseroque tumultu

et dans ses profondeurs les chambres reculées hurlent les cris

miscetur, penitusque cauae plangoribus aedes

endeuillés des femmes. La clameur monte à heurter les astres dorés.

femineis ululant; ferit aurea sidera clamor.

Puis, terrifiées, les mères vont au hasard dans le palais monumental.

Tum pauidae tectis matres ingentibus errant;

[490] Elles tiennent les portes embrassées, les couvrent de baisers.

490 amplexaeque tenent postis atque oscula figunt.

Pyrrhus s’acharne avec la même violence que son père. Ni les barrières,

Instat ui patria Pyrrhus; nec claustra, neque ipsi

ni les gardiens ne peuvent y tenir. Sous les coups répétés du bélier, la porte

custodes sufferre ualent; labat ariete crebro

chancelle, ses montants ébranlés sortent des gonds et s’abattent.

ianua, et emoti procumbunt cardine postes.

La voie est violemment frayée, et jaillissent dans l’entrée, massacrent l’avant-garde

Fit uia ui; rumpunt aditus, primosque trucidant

[495] les Danaens lancés sans frein, et ils inondent de soldats une large partie des lieux.

495 immissi Danai, et late loca milite complent.

Non, tel n’est pas un fleuve, quand, digues rompues, écumant

Non sic, aggeribus ruptis cum spumeus amnis

il sort de son lit, que ses tourbillons triomphent des barrages les plus imposants,

exiit, oppositasque euicit gurgite moles,

qu’il jette sur les champs sa masse furieuse et sur toute la plaine

fertur in arua furens cumulo, camposque per omnis

entraîne le bétail avec les étables. J’ai vu, oui, j’ai vu la fureur

cum stabulis armenta trahit. Vidi ipse furentem

[500] de tuer qui animait Néoptolème et les deux Atrides sur le seuil.

500 caede Neoptolemum geminosque in limine Atridas;

J’ai vu Hécube et ses brus innombrables, et Priam au milieu des autels

uidi Hecubam centumque nurus, Priamumque per aras

souiller de sang les feux qu’il avait lui-même consacrés.

sanguine foedantem, quos ipse sacrauerat, ignis.

Les cinquante chambres nuptiales, espoir si grand d’enfants à venir,

Quinquaginta illi thalami, spes tanta nepotum,

les portes magnifiques ornées de l’or et des dépouilles barbares

barbarico postes auro spoliisque superbi,

[505] se sont abattues. Les Danaens mettent la main sur ce que le feu oublie.

505 procubuere; tenent Danai, qua deficit ignis.

Publication : les Satires publie.papier

18 Mai 2013, 17:33pm

Publié par Danielle Carlès

Voilà, c'est fait, les Satires d'Horace, avec texte latin et notes, sont maintenant disponibles en livre papier et numérique chez publie.papier

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Virgile, Eneide II v. 469-478 Pyrrhus

13 Mai 2013, 14:34pm

Publié par Danielle Carlès

Juste devant l’entrée, sur le premier seuil, Pyrrhus

[470] exulte à la lueur scintillante des armes et de l’airain,

tel un serpent au grand jour ayant fait pâture d'herbes mauvaises,

que la froidure de l’hiver tenait gonflé sous la terre à l’abri,

mais il a quitté sa dépouille et le voilà neuf et brillant de jeunesse,

et il enroule son corps luisant, relève la poitrine,

[475] dressé vers le soleil, et fait vibrer hors de sa gueule une langue triplement divisée.

Avec lui le géant Périphas et l’écuyer d’Achille, conducteur de ses chevaux,

porteur de ses armes, Automédon, avec lui tous les guerriers de Scyros

sont au pied du palais et tirent vers le toit des rafales de traits enflammés.

mala gramina pastus v. 471 : Honte à moi qui ne voulais pas admettre que les serpents mangeaient des herbes, quand c'est une croyance avérée de l'antiquité, reprise ici par Virgile. Voici un lien vers un article récent concernant le sujet, pour lequel je remercie vivement Lionel-Édouard Martin sans qui cette traduction et la note seraient restées inexactes.

linguis trisulcis v. 475 : En dépit du Gaffiot la langue du serpent n'est pas "à trois pointes", pas plus qu'il ne s'agit d'une langue "au triple dard" (J. Perret - CUF) ou d'une langue "triplement fourchue" (Itinera electronica). Mot à mot trisulcus signifie "qui comporte trois sillons", soit trois "segments". De fait, la langue du serpent "bifide" comporte DEUX pointes, mais TROIS segments, comme la lettre Y, d'où "tripartite". La traduction s'arrête finalement à "triplement divisée", mais je cherche mieux.

Lecture avec le texte latin

Juste devant l’entrée, sur le premier seuil, Pyrrhus

Vestibulum ante ipsum primoque in limine Pyrrhus

[470] exulte à la lueur scintillante des armes et de l’airain,

470 exsultat, telis et luce coruscus aena;

tel un serpent au grand jour ayant fait pâture d'herbes mauvaises,

qualis ubi in lucem coluber mala gramina pastus

la froidure de l’hiver le tenait gonflé sous la terre à l’abri,

frigida sub terra tumidum quem bruma tegebat,

mais il a quitté sa dépouille et le voilà neuf et brillant de jeunesse,

nunc, positis nouus exuuiis nitidusque iuuenta,

et il enroule son corps luisant, relève la poitrine,

lubrica conuoluit sublato pectore terga

[475] dressé vers le soleil, et fait vibrer hors de sa gueule une langue triplement divisée.

475 arduus ad solem, et linguis micat ore trisulcis.

Avec lui le géant Périphas et l’écuyer d’Achille, conducteur de ses chevaux,

Una ingens Periphas et equorum agitator Achillis,

porteur de ses armes, Automédon, avec lui tous les guerriers de Scyros

armiger Automedon, una omnis Scyria pubes

sont au pied du palais et tirent vers le toit des rafales de traits enflammés.

succedunt tecto, et flammas ad culmina iactant.

Virgile, Eneide II v. 438-468 Au palais de Priam

9 Mai 2013, 12:54pm

Publié par Danielle Carlès

Mais là c’est une bataille sans limite, comme si la guerre ne se jouait

nulle part ailleurs, comme si personne ne mourait dans tout le reste de la ville,

[440] là nous voyons l’invincible violence de Mars, les Danaens à l’assaut du palais,

l’entrée assiégée par une formation en tortue.

Des échelles sont appliquées contre les murs, ils se hissent précisément

vers les ouvertures, barreau après barreau, et se protègent de la main gauche, opposant

les boucliers aux armes qui volent, saisissent de la droite l’échelon plus haut.

[445] Les Dardanides en face démantèlent les tours et tout l’étage supérieur

du palais : voilà les armes, puisque la fin est en vue,

avec lesquelles au bord extrême de la mort ils sont prêts à se défendre,

et ils font rouler les lambris dorés qui ornaient depuis toujours les plafonds

de leurs pères. D’autres, l’épée à la main, ont pris position au niveau

[450] des portes du bas et ils les gardent, en rangs serrés.

Une énergie nouvelle nous pousse au secours du palais royal, nous voulons

apporter notre aide pour réconforter les hommes, ajouter notre force à celle des vaincus.

Il y avait une entrée avec une porte dérobée et un passage reliant

entre eux les appartements de Priam, ainsi qu’une poterne à l’arrière, délaissée,

[455] par où l’infortunée Andromaque, tant que le royaume subsistait,

bien souvent se rendait sans devoir être accompagnée

chez ses beaux-parents et amenait l’enfant Astyanax voir son grand-père.

Je monte par là jusqu’au niveau le plus élevé, d’où

les malheureux Troyens balançaient à la main leurs impuissants projectiles.

[460] Une tour s’y dresse à pic, culminant au-dessus des toits les plus hauts

jusqu’à toucher les astres, l'habituelle tour de guet d’où se voyait Troie toute entière,

et les navires des Danaens et le camp achéen.

Nous l’avons attaquée tout autour au fer de nos épées, à l’endroit où la jonction

avec le dernier étage menaçait ruine, nous l’avons arrachée de sa base

[465] surélevée, nous avons poussé. Chancelante, elle s’écroule d’un seul coup

avec fracas et tombe sur une grande partie de l’armée des Danaens.

Mais d’autres les remplacent, sans que les jets de pierres et de projectiles

de toute sorte entre temps s’interrompent.

Lecture avec le texte latin

Mais là c’est une bataille sans limite, comme si la guerre ne se jouait

Hic uero ingentem pugnam, ceu cetera nusquam

nulle part ailleurs, comme si personne ne mourait dans tout le reste de la ville,

bella forent, nulli tota morerentur in urbe,

[440] là nous voyons l’invincible violence de Mars, les Danaens à l’assaut du palais,

440 sic Martem indomitum, Danaosque ad tecta ruentis

l’entrée assiégée par une formation en tortue.

cernimus, obsessumque acta testudine limen.

Des échelles sont appliquées contre les murs, ils se hissent précisément

Haerent parietibus scalae, postisque sub ipsos

vers les ouvertures, barreau après barreau, et se protègent de la main gauche, opposant

nituntur gradibus, clipeosque ad tela sinistris

les boucliers aux armes qui volent, saisissent de la droite l’échelon plus haut.

protecti obiciunt, prensant fastigia dextris.

[445] Les Dardanides en face démantèlent les tours et tout l’étage supérieur

445 Dardanidae contra turris ac tota domorum

du palais : voilà les armes, puisque la fin est en vue,

culmina conuellunt; his se, quando ultima cernunt,

avec lesquelles au bord extrême de la mort ils sont prêts à se défendre,

extrema iam in morte parant defendere telis;

et ils font rouler les lambris dorés qui ornaient depuis toujours les plafonds

auratasque trabes, ueterum decora alta parentum,

de leurs pères. D’autres, l’épée à la main, ont pris position au niveau

deuoluunt; alii strictis mucronibus imas

[450] des portes du bas et ils les gardent, en rangs serrés.

450 obsedere fores; has seruant agmine denso.

Une énergie nouvelle nous pousse au secours du palais royal, nous voulons

Instaurati animi, regis succurrere tectis,

apporter notre aide pour réconforter les hommes, ajouter notre force à celle des vaincus.

auxilioque leuare uiros, uimque addere uictis.

Il y avait une entrée avec une porte dérobée et un passage reliant

Limen erat caecaeque fores et peruius usus

entre eux les appartements de Priam, ainsi qu’une poterne à l’arrière, délaissée,

tectorum inter se Priami, postesque relicti

[455] par où l’infortunée Andromaque, tant que le royaume subsistait,

455 a tergo, infelix qua se, dum regna manebant,

bien souvent se rendait sans devoir être accompagnée

saepius Andromache ferre incomitata solebat

chez ses beaux-parents et amenait l’enfant Astyanax voir son grand-père.

ad soceros, et auo puerum Astyanacta trahebat.

Je monte par là jusqu’au niveau le plus élevé, d’où

Euado ad summi fastigia culminis, unde

les malheureux Troyens balançaient à la main leurs impuissants projectiles.

tela manu miseri iactabant inrita Teucri.

[460] Une tour s’y dresse à pic, culminant au-dessus des toits les plus hauts

460 Turrim in praecipiti stantem summisque sub astra

jusqu’à toucher les astres, l'habituelle tour de guet d’où se voyait Troie toute entière,

eductam tectis, unde omnis Troia uideri

et les navires des Danaens et le camp achéen.

et Danaum solitae naues et Achaia castra,

Nous l’avons attaquée tout autour au fer de nos épées, à l’endroit où la jonction

adgressi ferro circum, qua summa labantis

avec le dernier étage menaçait ruine, nous l’avons arrachée de sa base

iuncturas tabulata dabant, conuellimus altis

[465] surélevée, nous avons poussé. Chancelante, elle s’écroule d’un seul coup

465 sedibus, impulimusque; ea lapsa repente ruinam

avec fracas et tombe sur une large partie de l’armée des Danaens.

cum sonitu trahit et Danaum super agmina late

Mais d’autres les remplacent, sans que les jets de pierres et de projectile

incidit: ast alii subeunt, nec saxa, nec ullum

de toute sorte entre temps s’interrompent.

telorum interea cessat genus.

Virgile, Eneide II v. 402-437 Au pied du temple de Minerve

7 Mai 2013, 14:59pm

Publié par Danielle Carlès

Hélas, il n'est pas permis de se fier aux dieux malgré eux !

Voici que l’on traînait, cheveux épars, la jeune Priamide,

Cassandre, depuis le temple, depuis le sanctuaire de Minerve,

[405] les yeux ardemment levés vers le ciel, mais en vain,

les yeux, oui, car des liens menottaient ses mains délicates.

Corèbe, fou de rage, ne supporta pas cette vue,

et il se jeta prêt à mourir au milieu des troupes.

Nous le suivons, tous, et nous fonçons en frappant dru de nos armes.

[410] Et nous sommes d’abord accablés de traits lancés du plus haut du temple

par les nôtres, le signal de ce malheureux massacre

étant la forme de nos armes et nos trompeurs panaches grecs.

Puis les Danaens, aux cris et à la colère de se voir enlever la jeune fille,

se rassemblent de tous côtés et attaquent, le terrible Ajax

[415] et les deux Atrides et toute l’armée des Dolopes,

comme parfois des vents de sens contraires, quand jaillit une tornade,

s’entrechoquent, le Zéphyr, le Notus et l’Eurus favorable aux chevaux

de l’Aurore, que les forêts sifflent et Nérée écumeux brandissant le trident

se déchaîne et soulève la mer depuis les grands fonds.

[420] Se montrent même ceux que nous avons dispersés au milieu de l’ombre

en les piégeant dans la nuit obscure et poursuivis à travers toute la ville.

Ils sont les premiers à reconnaître les boucliers et les armes mensongères

et à remarquer l’accent étranger de nos voix.

C’en est fait, nous sommes écrasés sous le nombre. Et Corèbe le premier succombe

[425] de la main de Pénélée sur l’autel de la toute puissante déesse en armes.

Rhipée tombe aussi, le Troyen le plus droit

qui fût entre tous et le plus exact serviteur de la justice,

mais les dieux en jugèrent autrement. Périssent Hypanis et Dymas

percés de coups par des amis. Et toi non plus, Panthus,

[430] ni ton immense piété, ni l’infule d’Apollon ne t’ont protégé dans ta chute.

Cendres d’Ilion, ultimes flammes des miens,

je vous prends à témoin qu’au moment de votre fin je n’ai rien évité, pas un trait,

pas un péril venu des Danaens et si mon destin avait été

de succomber, j’aurais mérité que ce soit de leur main. Nous nous arrachons de là,

[435] Iphitus, Pélias et moi, Iphitus déjà alourdi par son âge

et Pélias ralenti par une blessure due à Ulysse,

pour filer tout droit au palais de Priam où la clameur nous appelle.

Lecture avec le texte latin

Hélas, il n'est pas permis de se fier aux dieux malgré eux !

Heu nihil inuitis fas quemquam fidere diuis!

Voici que l’on traînait, cheveux épars, la jeune Priamide,

Ecce trahebatur passis Priameia uirgo

Cassandre, depuis le temple, depuis le sanctuaire de Minerve,

crinibus a templo Cassandra adytisque Mineruae,

[405] les yeux ardemment levés vers le ciel, mais en vain,

405 ad caelum tendens ardentia lumina frustra, --

les yeux, oui, car des liens menottaient ses mains délicates.

lumina, nam teneras arcebant uincula palmas.

Corèbe, fou de rage, ne supporta pas cette vue,

Non tulit hanc speciem furiata mente Coroebus,

et il se jeta prêt à mourir au milieu des troupes.

et sese medium iniecit periturus in agmen.

Nous le suivons, tous, et nous fonçons en frappant dru de nos armes.

Consequimur cuncti et densis incurrimus armis.

[410] Et nous sommes d’abord accablés de traits lancés du plus haut du temple

410 Hic primum ex alto delubri culmine telis

par les nôtres, le signal de ce malheureux massacre

nostrorum obruimur, oriturque miserrima caedes

étant la forme de nos armes et nos trompeurs panaches grecs.

armorum facie et Graiarum errore iubarum.

Puis les Danaens, aux cris et à la colère de se voir enlever la jeune fille,

Tum Danai gemitu atque ereptae uirginis ira

se rassemblent de tous côtés et attaquent, le terrible Ajax

undique collecti inuadunt, acerrimus Aiax,

[415] et les deux Atrides et toute l’armée des Dolopes,

415 et gemini Atridae, Dolopumque exercitus omnis;

comme parfois des vents de sens contraires, quand jaillit une tornade,

aduersi rupto ceu quondam turbine uenti

s’entrechoquent, le Zéphyr, le Notus et l’Eurus favorable aux chevaux

confligunt, Zephyrusque Notusque et laetus Eois

de l’Aurore, que les forêts sifflent et Nérée écumeux brandissant le trident

Eurus equis; stridunt siluae, saeuitque tridenti

se déchaîne et soulève la mer depuis les grands fonds.

spumeus atque imo Nereus ciet aequora fundo.

[420] Se montrent même ceux que nous avons dispersés au milieu de l’ombre

420 Illi etiam, si quos obscura nocte per umbram

en les piégeant dans la nuit obscure et poursuivis à travers toute la ville.

fudimus insidiis totaque agitauimus urbe,

Ils sont les premiers à reconnaître les boucliers et les armes mensongères

apparent; primi clipeos mentitaque tela

et à remarquer l’accent étranger de nos voix.

adgnoscunt, atque ora sono discordia signant.

C’en est fait, nous sommes écrasés sous le nombre. Et Corèbe le premier succombe

Ilicet obruimur numero; primusque Coroebus

[425] de la main de Pénélée sur l’autel de la toute puissante déesse en armes.

425 Penelei dextra diuae armipotentis ad aram

Rhipée tombe aussi, le Troyen le plus droit

procumbit; cadit et Rhipeus, iustissimus unus

qui fût entre tous et le plus exact serviteur de la justice,

qui fuit in Teucris et seruantissimus aequi:

mais les dieux en jugèrent autrement. Périssent Hypanis et Dymas

dis aliter uisum; pereunt Hypanisque Dymasque

percés de coups par des amis. Et toi non plus, Panthus,

confixi a sociis; nec te tua plurima, Panthu,

[430] ni ton immense piété, ni l’infule d’Apollon ne t’ont protégé dans ta chute.

430 labentem pietas nec Apollinis infula texit.

Cendres d’Ilion, ultimes flammes des miens,

Iliaci cineres et flamma extrema meorum,

je vous prends à témoin qu’au moment de votre fin je n’ai rien évité, pas un trait,

testor, in occasu uestro nec tela nec ullas

pas un péril venu des Danaens et si mon destin avait été

uitauisse uices Danaum, et, si fata fuissent

de succomber, j’aurais mérité que ce soit de leur main. Nous nous arrachons de là,

ut caderem, meruisse manu. Diuellimur inde,

[435] Iphitus, Pélias et moi, Iphitus déjà alourdi par son âge

435 Iphitus et Pelias mecum, quorum Iphitus aeuo

et Pélias ralenti par une blessure due à Ulysse,

iam grauior, Pelias et uolnere tardus Ulixi;

pour filer tout droit au palais de Priam où la clameur nous appelle.

protinus ad sedes Priami clamore uocati.

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