Horace, Ode I, 27 (Buvons sérieux !)
Se battre à coups de scyphes faits pour servir à la joie,
c'est bon pour des Thraces ! Bannissez cette conduite
de barbares, Bacchus veut du respect,
ne le mélangez pas au sang des bagarres !
Avec le vin et les lumières, l'épée des Mèdes,
mais non, quelle horrible dissonance ! Sacrilège
tapage, calmez-vous, les amis,
et laissez vos coudes bien calés à leur place !
D'un Falerne sérieux vous voulez que moi aussi
je prenne ma part ? Alors, que le frère de Mygella
d'Oponte nous dise, le bienheureux,
la blessure, la flèche dont il meurt à petit feu.
Il n'a pas envie ? Je ne boirai à aucun autre
prix. Quelle que soit la Vénus qui te subjugue, tu n'as
pas à rougir des feux qu'elle allume
chez toi et toujours assez noble est l'amour
qui te fait céder. En tout cas, allons ! ce secret,
confie-le à des oreilles sûres. Ah ! le malheureux !
Tant de mal pour une telle Charybde,
mon enfant, tu méritais meilleure flamme.
Quelle sorcière, quel magicien avec les philtres
thessaliens pourra te délivrer, quel dieu ? Un lien
aussi serré, même Pégase peinerait
à te libérer de cette Chimère au triple corps.
Les scyphes (v. 1) : On l'a bien compris, il s'agit de coupes à boire, particulièrement grandes et profondes.
Les Thraces (v. 2) : Leur ivrognerie est proverbiale (!). Voir Horace, Ode I, 18 (Visages de Bacchus)
Le sérieux Falerne (v. 9-10) : Le célèbre et fameux vin de Falerne (Campanie). Le "sérieux" (seuerus) peut s'entendre de deux manières : parce qu'on ne se battra pas, respectant Bacchus (mais on parlera d'amour et on se moquera) et parce qu'on le boira moins coupé d'eau (plus fort), en grande quantité (les scyphes).
Le frère de Mégylla d'Oponte (v. 10-11) : Oponte est une ville de Locride (ancienne région de Grèce centrale). Mégylla ? Son frère ? La référence précise (m')échappe. Le personnage est grec, et il est désigné par rapport à sa sœur : le focus est sur elle. Possible qu'elle ait été aussi effrayante que la maîtresse ou au contraire trop attrayante ? Et le pauvre frère, coincé entre ces deux femmes, et tout le monde se moque !
Charybde (v. 19) : Un monstre marin (un monstre, mais une femme ayant subi le châtiment d'une terrible métamorphose), un gouffre qui engloutit toute forme vivante, généralement associée à Scylla, un (une) autre monstre épouvantable, les deux bordant étroitement à droite et à gauche une passe maritime. Cette mention donne quelque crédit au commentaire précédent (image d'un couple de femmes monstrueuses, et si l'on évite l'une on tombe dans les griffes de l'autre).
Les philtres thessaliens (v. 21) : La Thessalie, région de Grèce, est la terre traditionnelle de la sorcellerie dans l'antiquité gréco-romaine. Voir Lucain, La Pharsale, VI, 500-830.
Pégase et la Chimère (v. 24) : Pégase est le cheval ailé d'origine divine. Ami des Muses (tiens, tiens), Pégase est capturé par Bellérophon qui parvient à vaincre la Chimère grâce à son aide. La Chimère est une créature fantastique composée du corps de plusieurs animaux, généralement trois : lion, chèvre et serpent.
Lecture avec le texte latin
Se battre à coups de scyphes faits pour servir à la joie,
c'est bon pour des Thraces ! Bannissez cette conduite
de barbares, Bacchus veut du respect,
ne le mélangez pas au sang des bagarres !
Natis in usum lætitiæ scyphis
pugnare Thracum est ! Tollite barbarum
morem uerecundumque Bacchum
sanguineis prohibete rixis !
Avec le vin et les lumières, l'épée des Mèdes,
mais non, quelle horrible dissonance ! Sacrilège
tapage, calmez-vous, les amis,
et laissez vos coudes bien calés à leur place !
Vino et lucernis Medus acinaces 5
immane quantum discrepat ! Impium
lenite clamorem, sodales,
et cubito remanete presso.
D'un Falerne sérieux vous voulez que moi aussi
je prenne ma part ? Alors, que le frère de Mygella
d'Oponte nous dise, le bienheureux,
la blessure, la flèche dont il meurt à petit feu.
Voltis seueri me quoque sumere
partem Falerni ? Dicat Opuntiæ 10
frater Megyllæ quo beatus
uolnere, qua pereat sagitta.
Il n'a pas envie ? Je ne boirai à aucun autre
prix. Quelle que soit la Vénus qui te subjugue, tu n'as
pas à rougir des feux qu'elle allume
chez toi et toujours assez noble est l'amour
Cessat uoluntas ? Non alia bibam
mercede. Quæ te cumque domat Venus
non erubescendis adurit 15
ignibus ingenuoque semper
qui te fait céder. En tout cas, allons ! ce secret,
confie-le à des oreilles sûres. Ah ! le malheureux !
Tant de mal pour une telle Charybde,
mon enfant, tu méritais meilleure flamme.
amore peccas. Quicquid habes, age !
depone tutis auribus. A ! miser !
quanta laborabas Charybdi,
digne puer meliore flamma. 20
Quelle sorcière, quel magicien avec les philtres
thessaliens pourra te délivrer, quel dieu ? Un lien
aussi serré, même Pégase peinerait
à te libérer de cette Chimère au triple corps.
Quæ saga, quis te soluere Thessalis
magus uenenis, quis poterit deus ?
Vix inligatum te triformi
Pegasus expediet Chimæra.
Strophes alcaïques, voir Odes I, 9 - 16 - 17 - 26,
L'hiver au printemps de l'âge (Ode I, 9) autrement écrit.


Commenter cet article