fonsbandusiae - cours de latin

Horace, Satire I, 10, 50-71 (Pour une littérature contemporaine)

13 Janvier 2012, 09:28am

Publié par Danielle Carlès

Oui, j'ai dit de lui qu'il était un fleuve qui traînait de la fange, mais aussi que la plupart du temps il y avait chez lui plus à prendre qu'à laisser. Allons, je t'en prie, toi qui l'as étudié de près, n'as-tu rien à critiquer chez le grand Homère lui-même ? Est-ce que Lucilius s'est abstenu par politesse de reprendre quoi que ce soit aux tragédies d'Accius ? Ne s'est-il pas moqué des vers moyennement beaux qu'on trouve chez Ennius ? Pour autant, quand il est question de lui, il ne se donne pas pour supérieur à ceux qu'il critique. (50-55)

Pourquoi nous serait-il interdit, en lisant les écrits de Lucilius, de nous demander si cela vient de lui ou d'une matière particulièrement coriace, de comprendre la raison qui aurait empêché de faire des vers plus aboutis, à l'allure plus souple que ceux de quelqu'un qui se contente d'enfermer son sujet dans les six mesures règlementaires et trouve son bonheur à écrire deux cents vers avant son repas, et encore autant après ? C'était tout le talent de l'étrusque Cassius, qui bouillonnait sans cesse comme un fleuve rapide. Avec les livres qu'il avait écrit et les coffrets pour les ranger, on lui fit un bûcher, dit-on. (56-64)

Alors je le dis : que Lucilius ait été plaisant et spirituel, qu'il ait usé de la lime avec plus de savoir-faire que le premier inventeur de ce genre poétique naissant, brut encore et non pratiqué chez les Grecs, plus de savoir-faire même qu'une foule de poètes anciens, soit ! Mais si le destin l'avait laissé venir jusqu'à notre époque, il effacerait lui-même pas mal de choses, il couperait tout ce qui est de trop pour un résultat parfait, et il n'écrirait pas un vers sans se gratter beaucoup la tête et se ronger les ongles jusqu'au sang. (64-71)


lui (v. 50) : Lucilius, poète latin (180-102 av. J.-C.), l'inventeur de la "satire" romaine.

Homère (v. 52) : Je ne doute pas que tout le monde connaisse Homère. L'occasion de le (re)lire ?

Accius (v. 53) : Lucius Accius, poète latin (170-84 av. J.-C.), de son œuvre abondante il reste aujourd'hui peu de choses. Il imita les grecs (Euripide), mais s'inspira également de l'histoire romaine dans ses tragédies. 

Ennius (v. 54) : Quintus Ennius, poète latin (239-169 av. J.-C.), une figure tutélaire de la littérature romaine, dont l'œuvre ne nous est parvenue que par fragments. Ennius a adapté en latin l'hexamètre grec.

Cassius (v. 62) : Ce Cassius d'Etrurie n'est pas autrement connu (F. Villeneuve, C.U.F.), quoique d'autres y reconnaissent Cassius Parmensis (voir Epît. I, 4, 3).

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