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fonsbandusiae - cours de latin

Le système de la langue

4 Décembre 2012, 12:52pm

Publié par Danielle Carlès

Voir :  Versification latine : Présentation

 

♦ La langue française ne connaît pas le principe d'une opposition quantitative, en raison de la mutation phonétique (le « bouleversement vocalique ») qui a touché le système vocalique latin (du IIème au IVème s.), quand l'opposition de durée (voyelles longues et brèves) a disparu au profit des distinctions de timbre (voyelles ouvertes et fermées).

♦ En latin l'opposition quantitative touche structurellement les voyelles. En effet, contrairement à ce que la graphie peut laisser entendre, le latin ne compte pas 5 voyelles (a, e, i, o, u) mais 10 : 5 brèves (ă, ĕ, ĭ, ŏ, ŭ) et 5 longues (ā, ē, ī, ō, ū).

Le fait est que le latin ne dispose pas de signes spécifiques pour noter ces différences. Ainsi, les quantités vocaliques n’étant pas immédiatement « lisibles », elles sont établies par le biais d’une étude reconstructrice de la langue. Les indices et  témoignages ne manquent pas pour mener à bien ce travail (en partie fondé sur l'étude des textes versifiés) et l’on peut en consulter les résultats dans les dictionnaires (en français le Gaffiot) et dans les grammaires latines pour tout ce qui concerne les éléments variables de la déclinaison et de la conjugaison.

◊ MĂLUM « le mal » n'est pas homonyme de MĀLUM « la pomme ».

◊ Comparez : « ROSĂ (= une rose) est belle » vs « je décore ROSĀ (= au moyen d'une rose) »

♦ Pour compléter le tableau systématique des voyelles, il y a aussi trois diphtongues en latin classique, orthographiées au, ae (æ) et oe (œ), comptant comme des voyelles longues. Toute autre suite vocalique graphique constitue un hiatus, c'est-à-dire qu'une frontière syllabique passe entre les deux voyelles.

♦ La lettre y (Y) note une voyelle grecque (longue ou brève) : Pythia « la Pythie ». 

♦ Par ailleurs il existe des règles d'abrègement ou d'allongement vocalique opérant mécaniquement qui neutralisent la quantité, sous certaines conditions :

- une voyelle s'abrège devant voyelle

- une voyelle s'abrège en syllabe finale devant toute consonne sauf -s.

◊ Il y a par exemple en latin deux types de conjugaison en -i : un type à voyelle longue (4ème conjugaison, type audio « j'entends » et un autre à voyelle brève (3ème conjugaison mixte, type capio « je prends »).

Mais compte tenu des règles mentionnées, cette différence héritée se neutralise dans un grand nombre de formes conjuguées. 

Par exemple, dans AUDIO « j'entends » comme dans CAPIO « je prends », le -i- est bref (voyelle s'abrège devant voyelle).

Dans AUDIT « il / elle entend » comme dans CAPIT « il / elle prend », le -i- est également bref (voyelle s'abrège en syllabe finale devant consonne autre que -s).

Mais dans AUDĪS « tu entends » et CAPĬS « tu prends », la différence se laisse percevoir (règle précédente).

♦ Une remarque est importante : les poètes latins empruntent de nombreux mots grecs, particulièrement des noms propres, mais pas seulement. Le système phonétique du grec présente des différences par rapport à celui du latin et elles sont généralement reproduites comme telles, quand bien même elles représentent des « fautes » par rapport aux règles précédentes.

◊ Le mot ĀĔR « l'air (atmosphérique) » est emprunté au grec et la première voyelle conserve la quantité longue qu'elle possède en grec (dérogation à la règle : voyelle s'abrège devant voyelle).

◊ Le mot TEUCRI « les troyens » dérivé à partir du nom grec du premier roi de la Troade présente une diphtongue eu que le latin classique ne possède plus.

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